Politique citoyenne

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REDÉFINIR UNE DOCTRINE ÉCONOMIQUE POUR LE PARTI SOCIALISTE

ContributionsPosted by Le blog de Sylvain Moraillon Sun, April 15, 2018 11:05:34
Le PS ne peut continuer plus longtemps à se satisfaire d’être une simple variable d’ajustement des inégalités et des budgets néolibéraux comme il l’est depuis au moins 15 ans. Nous semblons avoir totalement abandonné l’idée de porter un projet socio-économique viable, propre à nos valeurs, celles qui, durant tout le XXième siècle, ont permis la création d’un système de protection sanitaire et sociale que le monde entier nous envie, tout autant qu’un accès à l’éducation qui reste, encore aujourd’hui, l’un des plus performants. Nos combats, aujourd’hui, se résument à corriger, et encore faiblement, les dérives destructrices d’un système ne profitant qu’à ses propres dirigeants, lobbyistes puissants, entreprises du CAC40, magnats de la finance et spéculateurs, sacrifiant les citoyens et fracturant la société.

Réflexion sur la doctrine

Pourtant, le triomphe du marché marque aussi et avant tout les limites du néolibéralisme. En renonçant à réfléchir économiquement, de manière globale et multilatérale à un modèle plus responsable, nous signons nous-mêmes un aveu d’impuissance qui détourne violemment de nous les électeurs et les militants. Nous renonçons à ce qui fait le fondement du socialisme : une juste redistribution des richesses produites. La fin de l’industrie, au sens des révolutions industrielles telles que nous les avions connues jusqu’alors, et la migration de l’économie vers les services ne signifient pas l’inutilité de l’emploi pour tous : au contraire, il faut innover dans tous les secteurs pour forger un modèle qui s’inscrira logiquement dans la mondialisation. À défaut, nous continuerions de cautionner l’hypocrisie d’un grand patronat et d’actionnaires globaux de plus en plus cyniques, d’une droite néolibérale n’hésitant plus à se trouver de nouveaux marqueurs à l’extrême-droite et dont le crédo le plus fallacieux et trompeur a toujours été une réussite au mérite, ainsi que la privatisation de l’essentiel, dans un pays où le déterminisme social est à l’évidence l’un des plus endémiques. Si les autres oublient de le dire, nous, le parti socialiste, nous devons réaffirmer que les entreprises du CAC40, comme toutes celles qui réussissent, en sont là où elles en sont aussi grâce à leurs cadres, employés, subalternes, intérimaires, qui, tous, et tout autant que leurs dirigeants, participent à leur création de richesses et à leur succès.

Voilà tout notre paradoxe : nous sommes historiquement le parti des idées et du progrès social, de la réflexion, des divergences, même. Depuis toujours, c’est ce qui fait notre force, ce qui nous définit comme principal moteur de progrès dans la diversité politique de la République. Or, à l’heure actuelle, nous nous contentons d’atténuer, ou de tenter d’atténuer, l’inacceptable, tant sur le plan économique que sur celui des droits sociaux. Ce n’est évidemment pas ce que les militants, les sympathisants, les électeurs et même nombre de nos élus attendent de nous. La véritable question, celle qui concerne l’ensemble de notre action politique, qui est au centre de notre présent comme de notre avenir, celle dont dépend notre simple survie, est bien la suivante : quelle est, au XXIième siècle, la doctrine économique du parti socialiste ?

Le bilan intelligent de la clarté et de la réconciliation

Une multiplicité de facteurs expliquent la défaite et le manque de plébiscite de Benoît Hamon à l’élection présidentielle. Pour autant, nous ne devons pas oublier qu’il a été élu candidat par un certain nombre de nos militants et sympathisants de gauche, même si certains votes de droite ont penché dans la balance. Or, sans ses militants, actifs et résolus, le parti socialiste est amené, si ce n’est à disparaître, à devenir un parti aussi minoritaire et isolé sur l’échiquier politique que le parti communiste aujourd’hui. Le manque de débat, d’ouverture et de clarté, ainsi que la situation très dégradée de 2012, nous ont coûté l’élection justement parce que nous n’avons fait que tempérer insuffisamment le néolibéralisme effréné dont la Commission européenne se fait le chantre. L’Europe doit d’ailleurs et peut être un formidable moteur d’opportunités et de croissance, et s’inscrire en conséquence dans la mondialisation comme l’un de ses pôles progressistes majeurs grâce à nos institutions supranationales. Pour y parvenir il est toutefois nécessaire de redynamiser et de renforcer ces dernières, en démocratie d’une part, en transparence d’autre part. Sous peine d’être confrontés aux deux dangers les plus rapprochés, une explosion populiste et notre propre disparition, nous devons définir un projet verticalement et horizontalement redistributif d’égalité, dont le revenu d’existence aurait pu et devrait encore pouvoir être l’un des premiers piliers.

Penser un modèle réaliste et utile

Au-delà, il est évident que la France ne peut continuer à faire vivre son système de protection sociale sur le seul coût du travail, alors même que l’argent, aujourd’hui, n’en est plus principalement le fruit mais résulte pour l’essentiel de la spéculation sur les dettes des nations, le prix des matières premières et les produits de première nécessité. Financer la protection sociale sur l’appauvrissement constant des classes moyennes, le déclassement des catégories socio-professionnelles intermédiaires, la pression fiscale exercée sur les patrons de PME, jusqu’alors principaux pourvoyeurs d’emplois dans notre pays, nous conduit directement à l’affaissement de la République, dont la compréhension de la logique institutionnelle et organisationnelle échappe de plus en plus à un grand nombre de nos concitoyens. Si le parti socialiste est incapable de proposer un projet économique égalitaire, novateur et cohérent, les prochaines élections européennes, municipales et présidentielle se traduiront par une victoire de l’extrême-droite dans laquelle nous porterons largement notre part de responsabilité. Pour l’heure, ce n’est pas la gauche qui nous a abandonné, mais nous qui avons abandonné une certaine idée de la gauche, celle des grandes avancées et des grands défis. Une partie s’est retranchée chez Jean-Luc Mélenchon, une autre nous a fuis avec Benoit Hamon, le reste s’est éparpillé entre la République En Marche et le Front national. Notre incohérence nous a dispersés. C’est l’une des raisons pour lesquelles il faut en finir, d’urgence, avec le concept cancérigène de gauche de gouvernement. La gauche, et plus particulièrement le parti socialiste qui a été confronté plusieurs fois à son exercice au cours des dernières décennies, doit s’assumer telle qu’elle est lorsqu’elle accède au pouvoir. Si l’ouverture économique est naturellement nécessaire pour agir dans l’intérêt général et celui de chacun, il faut cependant empêcher d’inféoder la gauche aux lobbies mondialistes qui influencent, et parfois dictent, les politiques budgétaires européennes ou nationales. Cela commence par imposer au sommet de la pyramide sociale des règles aussi fermement et strictement qu’à la base, qui, elle, ne peut par exemple se soustraire à l’impôt et se retrouve victime d’une inégalité intolérable quand elle comprend que les plus riches sont ceux qui, proportionnellement, paient le moins.

Relance de l’économie par la consommation ou investissement par la commande publique apparaissent comme des solutions dépassées, parfois même handicapantes, et n’apportent qu’une réponse insuffisante à des enjeux bien plus graves que ce que nous semblons vouloir affronter. Sommes-nous à ce point coupés de nos concitoyens que nous ne voyons plus la misère se propager, la valeur du travail piétinée, pour ne pas dire réduite à néant, le mal-être généralisé ? La théorie du ruissellement, si chère à notre actuel Président, est bien entendu depuis toujours le prétexte à l’enrichissement exponentiel des plus riches au travers de politiques de droite toujours plus excluantes et autoritaristes avec les plus fragiles. Même le terme de « relance » a aujourd’hui perdu son sens, puisqu’il ne concerne plus désormais que les classes privilégiées : lorsque l’économie repart, elle ne profite qu’à ceux qui en ont le moins besoin.

La politique à mener

De nombreuses pistes existent pour contrer l’exploitation du modèle néolibéral et remettre les citoyens et l’humain au centre d’un système qui profite à tous. Dans un monde où la masse et la création virtuelle monétaires n’ont jamais été aussi importantes, il est temps de faire preuve d’une volonté politique forte et de réfléchir à la gestion des flux financiers de manière globalisée. L’investissement public et l’intervention de l’état doivent être davantage utilisés pour développer la proximité du service public au plus près des citoyens. À la théorie du ruissellement, nous devons opposer, plus que jamais, une théorie du partage permettant à chacun de récolter équitablement les fruits de son travail et de trouver sa place dans notre société. C’est notre rôle, à nous, le parti socialiste, d’accomplir cette œuvre et de ramener ainsi la gauche dans nos rangs. Voici quelques propositions destinées à nous faire réfléchir, et dont certaines, naturellement, doivent être portées au niveau européen.

1) Rétablir l’ISF en y ajoutant une tranche supérieure. Proposer des déductions d’impôt seulement pour les investissements dans les capitaux d’entreprises françaises.

2) Taxer toutes les transactions financières, même les virements entre particuliers, au-delà d’un certain montant. Il faut un montant très élevé pour permettre la gestion numérique des comptes par les particuliers sans les taxer à chaque transaction, à partir de 50 000€ ou 100 000€, et renforcer la TTF afin qu’aucun spéculateur n’en soit exonéré.

3) Taxer fortement tous les bénéfices issus de la spéculation afin de financer la protection sociale.

4) Faire de la lutte contre la fraude fiscale une priorité nationale et européenne, en accentuant cette lutte vers les revenus les plus élevés.

5) Réduire drastiquement le coût des transports et des énergies pour les couches populaires et les classes moyennes.

6) Contrôler systématiquement les dépenses d’argent public : chaque euro dépensé doit être tracé et justifié, et chaque citoyen doit pouvoir vérifier l’usage qui en est fait, hormis pour les dépenses afférentes à la défense et à la sécurité nationale, ainsi que celles qui garantissent la séparation des pouvoirs par leur confidentialité pondérée.

7) Développer la société des loisirs, dans la logique « travailler moins pour gagner plus et vivre mieux », afin de répartir équitablement le travail entre les populations et les générations. Des travailleurs en forme et vivant mieux sont plus efficaces et plus productifs.

8) Fonder notre logique économique sur le bien-être et la qualité de vie (par exemple, investir sur et favoriser la création d’emplois de proximité). Inclure une politique exigeante sur le logement afin de le rendre accessible et confortable, lutter activement contre les incivilités (nuisances sonores, qualité des matériaux, défauts de conception, non conformité, pollutions environnantes, etc.)

9) Rendre obligatoire la participation aux bénéfices dans toutes les entreprises, l’exonérer de CSG.

10) Interdire le financement par l’état d’infrastructures profitant exclusivement à des entreprises privées : si une entreprise profite d’une telle infrastructure, elle doit aussi en partager le coût et l’entretien, et l’état en être actionnaire.

11) Interdire à l’état de sauver financièrement les entreprises privées ne remplissant pas une mission de service public.

12) Interdire les licenciements pour les entreprises bénéficiaires.

13) Faire financer la défense environnementale par les pollueurs.

14) Établir un smic proportionnel à l’état financier des entreprises, donc supérieur au sein des entreprises les plus riches et les plus bénéficiaires, ce qui implique de contrôler sérieusement les comptes des grandes entreprises.

15) Financer les campagnes électorales uniquement par l’argent public, interdire les dons privés et établir un seuil égalitaire pour tous les candidats. Pour compenser le coût, taxer les entreprises qui font du lobbying auprès des parlementaires et du gouvernement. Donc interdire les dons aux candidats de quelque origine que ce soit et centraliser les dons par l’État pour une redistribution équitable (éventuellement proportionnelle).

16) Définir un ratio de proportionnalité entre plus gros et plus petit salaire d’une entreprise, en prenant en compte tous les revenus liés à l’entreprise (primes, « parachutes dorés ») qui l’impacteraient de manière importante.

17) Rétablir la considération mondiale des bénéfices d’une entreprise et éviter le maquillage économique qui autoriserait des licenciements d’une entreprise qui fait des bénéfices en France.

18) Interdire la crypto-spéculation dans l’Union Européenne.

19) Abroger les lois travail du quinquennat Macron.

20) Subventionner les investissements de particuliers dans les mobilités écologiques et « douces » pour garantir aussi la continuité de l’accès à la mobilité (voiture électrique ou énergies renouvelables par exemple).

21) Lutter contre le gaspillage alimentaire. Imposer aux grandes surfaces une transparence et une redistribution gratuite des invendus.

22) Dédier au moins 0,004% du P.I.B. à la lutte contre le non-logement.

23) Encadrer strictement les loyers.

24) Augmenter fortement le soutien économique au développement des pays émergents.

25) Interdire les licenciements par une entreprise dont le financement profite d'avantages dans les paradis fiscaux.

26) Rétablir l'indulgence relative pour les exilés fiscaux avant 2012, à 120% des 3 dernières années fiscales.

27) Hausse des moyens pour l'action publique, particulièrement pour les collectivités territoriales.

28) Réaliser les 2% du P.I.B. pour le budget des Armées.

29) Liste des paradis fiscaux où les pays sont affichés pendant au moins 10 ans sauf accomplissement de toutes les revendications françaises et européennes.

30) Cohérence sur l’équité des taxes perçues par les états de l'Union Européenne pour favoriser l'équité des grandes entreprises qui font l'image de la France et qui sont basées en France, comme les étrangères basées dans leur pays (aucune restriction géographique sur l’action des entreprises, avec l’exemple des compagnies aériennes).


Signataires :
Sylvain MORAILLON, Benjamin BOURGOIN.



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