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FONTENAY AUX ROSES - Histoire d'une ritournelle

MUSIQUEPosted by Le blog de Sylvain Moraillon Thu, January 04, 2018 16:40:17

HISTOIRE D’UNE RITOURNELLE -
MAXIME LE FORESTIER - FONTENAY AUX ROSES

Il en va des chansons comme des personnalités : certaines traversent les époques pour s’inscrire dans la conscience collective. Elles seront jouées, reprises et chantées, des décennies après leur création, par les guitaristes en herbes, les amoureux de la langue, les artistes reconnaissants ou nostalgiques. Parfois même, récompense suprême pour leurs auteurs, elles seront étudiées à l’école.

Le répertoire de Maxime Le Forestier nous lègue ainsi quelques perles, qui font désormais partie du patrimoine, tout particulièrement les chansons de son premier album, Mon frère, sorti en 1972. Reflet d’une nouvelle génération, ou peut-être plus amplement d’une époque, il semble tout entier touché par la grâce, emprunt d’une rare poésie où le sens du mot juste épousait encore la virtuosité de mélodies inoubliables.


Fontenay aux roses est l’une de ses œuvres intemporelles. Valse souvent revisitée, comme par Stanislas sur l’album hommage La maison bleue (2011, ©Polydor), le texte fut écrit par le parolier Jean-Pierre Kernoa. C’est dans le Journal de l’écrivain Paul Léautaud qu’il en trouva l’inspiration.

En effet, lorsqu’il quitta Paris en 1911, Léautaud vint s’installer avec sa compagne du moment, Blanche, à Fontenay aux roses. Il vécut d’abord rue Ledru-Rollin, au numéro 19, puis dès 1912, prit ses quartiers au 24 rue Guérard, adresse à laquelle Blanche avait tout d’abord tenté de créer une pension de famille qui s’avéra peu rentable. Il y restera d’ailleurs 44 ans, jusqu’à sa mort à Chatenay-Malabry dans l’ancienne maison de Chateaubriand.


La maison de Paul Léautaud à Fontenay aux roses

Le mode de vie de Léautaud, qui traversa ces décennies dans un dénuement intense, entouré d’animaux innombrables, dont Guenette, sa guenon, lui valut le surnom d’ « Ermite de Fontenay ». On sait par ses écrits, ses interviews avec Robert Mallet et les nombreux témoignages des fontenaisiens d’alors, à quel point Léautaud détestait la gent humaine. Associable au plus haut point, misogyne et d’une intolérance fascisante, antisémite et collaborateur ou pro allemand selon son humeur, devenu érotomane après la quarantaine, on sait également qu’il avait une vie sexuelle peu orthodoxe, racontée en détail dans son Journal particulier.

« C’est la première fois que je suis amoureux

De tout un pensionnat. »

Kernoa a donc fort joliment romancé les choses. La maison de la rue Guérard où vivait Léautaud se trouve en effet très éloignée du pensionnat en question. Et pour cause, ledit pensionnat était en réalité l’Ecole normale supérieure de Fontenay,, créée en 1880 par un décret de Jules Ferry, qui formait alors les futures institutrices à l’enseignement en école primaire. Elle est aujourd’hui devenue la résidence universitaire Olympe de Gouge, avenue Lombart, à proximité de la gare de Fontenay aux roses. L'ENS, elle, a été déménagée à Lyon.

Le narrateur ne pouvait donc voir passer toutes ces jeunes filles à « l’angle de (sa) rue. » Plus probablement, dans les faits, Léautaud, dont le voyeurisme était légendaire, devait profiter de ses allers-retours quotidiens au Mercure de France, où il travaillait et se rendait en train, pour s’offrir le si doux spectacle à ses yeux de ces « petites » qu’il « devinait nues un roman à la main » en « s’imaginant des choses insensées ».

C’est tout le talent des grands créateurs : sublimer un quotidien des plus prosaïques pour un tirer un chef d’œuvre de poésie qui traverse le temps et l'histoire. La composition de Maxime Le Forestier et le texte de Jean-Pierre Kernoa en constituent l’accord parfait, en rendant, par incidence, hommage à la charmante ville de Fontenay aux roses.






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