Bienvenue sur mon blog officiel

Bienvenue sur mon blog officiel

CHRISTOPHE, LES VESTIGES DU CHAOS

MUSIQUEPosted by Le blog de Sylvain Moraillon Thu, January 04, 2018 16:17:37

Il y a des albums uniques dans la carrière des artistes. Ils peuvent surgir à n’importe quel moment, de la manière la plus inattendue, comme une offrande au monde après un long silence. Christophe, prince flamboyant parmi les ombres, a sans doute réalisé, avec Les Vestiges du Chaos, son plus bel album. Celui de la maturité, orchestrale, vocale, mélodique. Il s’est hissé au-dessus des autres, et de lui-même, comme s'il avait mis fin à une certaine errance, ou peut-être, enfin, trouvé quelque chose.

Dans le paysage musical actuel, le 13ème opus du crooner pop détone. Par sa profondeur, d’abord. Par sa perfection, ensuite. Christophe n’avait pas produit de nouvel album depuis bientôt huit ans. 8, comme l’infini, qu’il a dû parcourir dans l’intervalle pour y découvrir, au fil de ses escales, des perles comme Drone, ou Dangereuse. L’album tout entier est un voyage dans l’espace-temps, qui nous aimante jusqu’aux centres pluriels de son amplitude. Christophe a rencontré le soleil quelque part dans sa nuit existentielle, qu’il chérit tant, et il revient plus lumineux, plus incandescent que jamais. Poète rock romantique, anarchiste harmonique, inclassable, indéfinissable, inatteignable, il joue désormais du clavier dans la stratosphère. « Je suis le plus embrasé », nous avoue-t-il, dans Définitivement. On le sait, on le sent, on l’entend. On le voit, même, de si près qu’on a l’impression de pouvoir le toucher. Et tout est là, dans cette illusion.

Des tableaux de rencontres, des histoires d’amour vouées à la finitude, l’omniprésence du temps qui passe donnent à l’album une gravité inattendue. Christophe repeint inlassablement le même tableau avec mille teintes différentes, la vie qui s’écoule sans retour, en filigrane, et dont il faut pourtant tenter de conquérir, sans cesse, la poésie et la beauté. Il réussit là où tant d’autres échouent, à unir les machines et l’émotion, à fondre la chanson française, dans laquelle il reste malgré tout solidement ancré, à des programmations étonnantes de fluidité.

" Tout en moi voudrait que tu demeures…"

Même sa voix, pourtant capable de largeurs, se prend à frissonner, à mesurer chaque émotion de manière presque chirurgicale. Fragile, dans un souffle pudique, elle trahit discrètement une certaine innocence retrouvée, comme dans Les mots fous. Parfois, c’est le son d’un piano qui vient s’inventer de nouvelles raisons d’être, brisant le monopole des synthétiseurs et des effets si nombreux, si habilement employés. Chaque nouvelle séquence apporte une surprise auditive : ambiances, rythmes, influences, phrasé mélodique.

Jean-Michel Jarre a écrit le texte sur Les Vestiges du Chaos, et finalement, si l’album porte précisément le nom de cette chanson, c’est parce que l’expression elle-même, outre qu’elle soit forte et très évocatrice, en résume parfaitement le caractère absolutiste. Rien ne résiste à l’écoulement des secondes, des minutes, des années, des décennies. De tout ne reste que les rencontres, fortuites, passionnées, vitales. C’est d’elles qu’est fait cette album, où l’on retrouve à la fois Lou Reed, dans Lou, et Alan Vega, le chanteur du groupe Suicide, son idole, avec lequel il s’offre un duo sur Tangerine. Le titre sonne étonnamment club, il est probable qu’il soit rapidement repéré par quelques DJs en quête de curiosités.

Au fil des chansons, on croise des plumes talentueuses, comme celle de Claire Le Luhuern, Maud Nadal ou Laurie Darmon. Des voix, celles de Julia Pello, de Nora Arnezeder, ou encore Anna Mouglalis. Le mélange des genres et des influences se prolonge ainsi dans la vaste équipe qui a participé à l'architecture du projet.

"En moi va l’irréversible."

Pour Christophe, comme pour Bashung, qu’on a l’impression d’entendre dans la surprenante introduction des Vestiges du chaos, la forme sonore des mots compte bien davantage que leur sens, presque parfaitement secondaire. L’enveloppe du son, parlé ou chanté, importe avant tout. Par quel miracle cette forme de poésie si difficile à travailler en chanson, matière peu propice au surréalisme, parvient-elle à nous atteindre jusque dans notre intimité émotionnelle et cognitive, c’est exactement ce qui constitue le mystère de la création. Chacun des titres de cet album est d’ailleurs une superposition d’univers parallèles, reliés les uns aux autres par un fluide invisible, fait de silences, d’absences, de non-dits qui, paradoxalement, mettent en exergue l’intensité de ce qui ce qui nous est subtilement montré, la part visible d’une âme complexe et musicalement libre.

Les chansons s’égrènent, encore le temps qui passe, dans un effet peut-être involontaire ou inconscient, mais palpable. Christophe, grand amoureux du cinéma, réalise pourtant des tableaux avant tout. Chaque titre s’impose comme une peinture, longuement travaillée pour atteindre à la perfection sonore, mariant les touches de couleurs et les teintes lumineuses indéfiniment dans un esthétisme pictural qui fait, qu’à 70 ans, il est l’un des artistes francophones les plus modernes de notre époque.

De collaborations en hommages, de chœurs en programmations, plusieurs studios d’enregistrement ont été mis à contribution. La réalisation elle-même entrelace les talents et les compétences de Christophe lui-même, mais également de ses complices Clément Ducol, Maxime Le Guil et Christophe Van Huffel, guitariste qui accompagnait déjà le chanteur à l’Olympia en 2002, et qui avait également éalisé pour son compte Aimer ce que nous sommes en 2008. La sublime ouverture d’E justo, titre d’une rare originalité, un peu à part dans sa conception, en témoigne.

Somptueux et d’une grande richesse, Les Vestiges du chaos fait partie de ces rares albums qu’il faut impérativement avoir à portée de main, pour l’écouter, encore et encore, afin de s’imprégner de la magie dont il est façonné et tenter d’en comprendre le mystère. Assurément, il prouve que l’exigence artistique que s’impose les créateurs respectueux de leur propre talent permet encore de produire des œuvres qui feront date.

À découvrir sans attendre.

Acheter l'album




  • Comments(0)

Fill in only if you are not real





The following XHTML tags are allowed: <b>, <br/>, <em>, <i>, <strong>, <u>. CSS styles and Javascript are not permitted.